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Manu dossard 989 à l'UTMB 2014

Publié le 9 Octobre 2014 par Manu

Tout a commencé à la fin de l’édition 2013.

Etienne et Natha sont finishers, Ben et Yann non, ils ont abandonné à Champex. Je sens qu’ils ne veulent pas en rester là. Tous ont adoré la course et m’en disent le plus grand bien. Je les ai suivis avec beaucoup de plaisir et nous avons encore tous nos points pour nous inscrire à l’édition 2014. Je sais qu’au moment de s’inscrire pour ce nouveau défi fou je ne serais pas seul.

Effectivement, Ben, Yann, Natha et moi sommes décidés à affronter le Mont-Blanc. Etienne lui détenteur de la meilleure performance du « team Socios » ne sera pas de la partie et devra soigner son genou en mousse. Nous avons également pris dans notre équipe Michel de mon club de Luçon.

Mais il faudra être tiré au sort. Nous nous sommes inscrits par équipe ce sera tout le monde ou personne. Il y a près de 5000 demandes pour 2300 places. Les recalés du tirage de l’an dernier ont un point supplémentaire. Par ailleurs l’équipe a déjà été tirée l’an dernier, autant dire que les statistiques ne plaident pas en notre faveur.

La chance souriant aux audacieux, c’est avec succès que nous passons la barrière du tirage au sort. Nos compagnes sont folles de joie ou pas, cette fois il ne faudra pas compter sur un soutien inconditionnel.

Rapidement, Natha nous apprend que sa participation est compromise par l’arrivée d’une petite Guntherine prévue en septembre. C’est bizarre comme intitulé pour un bébé !!!

Après le marathon du Mont St Michel, puis 3 semaines de repos, il faut maintenant se lancer dans la préparation.

Celle-ci s’est bien passée :

-6 séances en moyenne par semaine pendant 8 semaines

-quelques sorties de 3h, seul ou avec Ben, puisque Yann faisait régulièrement «son Yann »

-une sortie dans les escaliers du Belvédère à Rennes

-une 5e place à l’Altirace d’Inguinel, une course en étoile ou il fallait faire le maximum de dénivelé en 6h, 2860m pour moi.

-une sortie de nuit seul dans la forêt sous la pluie avec une frontale agonisante

-3 foulures de la cheville gauche en 15 jours histoire de se faire peur.

Bref, au moment de partir pour Chamonix, je me sens prêt, la seule incertitude réside dans l’absence de sortie longue de plus de 3h. Sera-ce suffisant ?

Mardi 26 aout : Départ pour Chamonix. Je suis accompagné de Yann, Ben et Etienne qui fera notre assistance. Guntherine n’a toujours pas vu le jour mais Natha se contentera de suivre la course sur internet.

Mercredi 27 : Nous avons fait bonne route, nous installons notre camping-car et nous partons chercher nos dossards. L’organisation est au top, nous n’attendons pas trop, tout se passe bien, même pour Benoit qui n’a pas sa bonne carte d’identité, une petite montée en pression juste pour se faire plaisir.

Mon dossard

Mon dossard

Jeudi 28 : Repos et préparation du matériel et de l’alimentation. Notre 2e équipe d’assistance composée de Damien et Audrey nous informe qu’elle sera diminuée, Damien s’étant fait une entorse en rando. On ne sait pas encore s’ils pourront accompagner Etienne.

Vendredi 29 : Michel et Anne-Marie nous rendent visite. Elle propose à Etienne du covoiturage si besoin pendant la course. Ça lui enlève une épine du pied car le suivi en navette de 3 coureurs de niveau différents se présente comme un exercice très compliqué voire impossible. La pression monte un peu mais il n’y a pas l’excitation du Grand Raid de la Réunion, nous sommes de vieux briscards désormais.

Après un ultime plat de pâtes, une petite sieste. C’est le grand départ pour Chamonix, nous sommes prêts, nous sommes en avance. C’est trop reposant d’être bien organisés et nous ne sommes pas habitués. Pendant qu’Etienne va récupérer ses tickets de navette, nous allons déposer nos sacs d’assistance, encore une fois l’organisation est sans faille, en moins de 2 nous sommes sortis après avoir admiré les magnifiques alignements de sacs jaunes classés par ordre de numéro.

Les premiers messages de soutien arrivent quand nous nous plaçons sur la ligne de départ. Il n’est pas encore 16h, c’est le début d’une longue attente…

Audrey et Damien nous rejoignent ; il a une atèle, il boite bas, mais ils seront là pour nous suivre. Etienne est soulagé…et nous aussi…car c’est tout de même plus sympa avec des supporters.

Par moment, des nuages nous versent quelques gouttes, nous obligeant à mettre nos vestes, puis les enlever et les remettre.

Petit à petit le sas se rempli, le speaker commence à faire monter l’ambiance, il scande le nom des différentes nationalités. 77 pays représentés, 50% de français seulement, 7 pays avec plus de 100 représentants, ce sont les JO de l’ultra-trail et nous sommes là pour représenter la Bretagne. Les favoris commencent également à prendre place dans leur sas tout comme les 300 dossards « élite ».

Manu dossard 989 à l'UTMB 2014

Il est l’heure pour nos supporters de nous quitter pour aller se placer un peu plus loin et assister au départ.

A quelques minutes de celui-ci, Catherine Poletti, la directrice de course nous donne les dernières informations. La pluie sera au rendez-vous une partie de la nuit, la visibilité sera faible à cause du brouillard, elle nous conseille d’utiliser nos deux lampes frontales. En garçon très discipliné, je tente de mettre ma deuxième lampe autour de ma taille et je casse l’attache, ça commence bien. J’essaie une réparation de fortune mais à quelques secondes du départ avec les stress c’est perdu d’avance. C’est bien aussi avec une seule lampe !!! J’essaierai d’en récupérer une avec Etienne au ravitaillement.

Lorsque la musique de « Conquest of Paradise » retentit, la pluie tombe de plus en plus en fort. L’UTMB 2014 partira sous l’orage, pour prouver que cette édition sera plus dure que la précédente et par conséquent sa polaire « finisher » encore plus belle.

J’ai sorti mon appareil photo pour filmer le départ, mais avec la pluie il m’échappe. Tant pis, je prendrais la vidéo de Yann, il faut bien qu’elle serve à quelque chose sa « GOPRO » fabriquée par des chinois de 4ans1/2.

J’espère que le reste de la course va mieux se passer que les 5 minutes qui l’ont précédée : une lampe HS, l’orage, l’appareil photo qui tombe…sinon ça va être très long.

Le départ est donné dans une ambiance incroyable. Il y a la musique, les cris des coureurs, les encouragements et les applaudissements des spectateurs, les cloches agitées par des supporters et la pluie. Pendant près de 3 Kms, ce flot continu d’encouragements chaleureux est la récompense de semaines de préparation. Mais dans cette foule je n’apercevrais pas nos propres supporters.

J’ai tout de suite perdu Benoît de vue, mais je me suis retrouvé derrière Yann pendant toute la traversée de la ville, preuve que je ne suis pas parti trop vite. Maintenant, si tout va bien on devrait se retrouver à Chamonix.

Nous empruntons alors un sentier forestier, les supporters se font plus rares et le peloton commence à s’étirer. Mon rythme est bon, les jambes répondent bien, la course est lancée.

Apres 8 kms de course, nous traversons « les Houches », dans une superbe ambiance. Je tape dans la main des enfants qui la tendent, il y a beaucoup de monde de chaque côté de la route, des encouragements, des applaudissements, des cloches qui retentissent. Puis nous tournons à gauche et c’est le début de la première ascension : Le Delevret à 1764m. Je monte à bon rythme mais j’ai l’impression que ceux qui ont des bâtons font moins d’efforts. J’essaie de profiter du paysage malgré la pluie et au cours de la montée nous sommes récompensés par un ravitaillement en bonbons «Haribo », elle n’est pas belle la vie ?

Si la montée s’est faite le long des remontées mécaniques, pour la descente nous devons dévaler une piste de ski. Avec la pluie la piste est glissante et s’est avec une joie non dissimulée que j’assiste à quelques belles chutes de concurrents. Moi je choisi de faire la descente tout schuss mais dans l’herbe. Au bas de celle-ci c’est Saint Gervais qui nous attend. Tout en approchant, je vide mes gourdes et y met un sachet de poudre, cette fois-ci je vais essayer de ne pas perdre trop de temps aux ravitaillements. Encore une fois l’ambiance dans St Gervais est incroyable. Je profite de ce moment, c’est super grisant. Je tape dans les mains des enfants et sans faire attention dans celle du petit fils d’Anne-Marie, ah chouette des têtes connues !!! J’ai fait une superbe descente et je pointe avec 20 minutes d’avance sur le programme. Je remplis mes gourdes, attrape quelques trucs à manger et repart avec une soupe. Aussi vite que dans le stand Ferrari. A la sortie je vois Damien, Audrey et Etienne. Je lui demande de me remettre une frontale au prochain ravitaillement. Rendez-vous aux Contamines.

L’arrivé aux Contamines ressemble à celle de St Gervais. Ambiance, ravitaillement rapide etc… Après 4 h de course, j’ai parcouru 30 kms et près de 1500 m de dénivelé positif. J’essaie de joindre Etienne car c’est un point d’assistance et j’attends la frontale, mais il ne répond pas. La pluie ayant cessé je change de tenue, mais les affaires qui sont dans mon sac sont à peine plus sèches. Lorsque je sors, Etienne est dans la zone mixte, mais on a un peu de mal à se retrouver dans la zone d’assistance. Super l’assistance qui me fait perdre du temps…Il me décrit la situation des autres à l’arrière jusqu’ici tout va bien. Lorsque je repars une autre course commence, la pluie a cessé, la nuit est tombée, il est 21h30, je sais que je ne reverrais pas mon assistance avant la Fouly, dans au moins 13h30 soit 77 Kms et 4800 de dénivelé supplémentaires.

L’étape suivante nous emmènera vers l’Italie, via la Balme et le col du Bonhomme à plus de 2400m d’altitude. Je monte à rythme régulier mais je regrette de ne pas avoir pris des bâtons. Après le ravitaillement de la Balme je ne me sens pas très bien mais je continue sur le même rythme, contrairement à certains qui commencent à déposer leurs tripes sur le bord du chemin.

Après le refuge, nous basculons dans la descente. Malgré la nuit, je suis à l’aise, je prends quelques risques et me fait plaisir. Je me tords une nouvelle fois la cheville gauche mais sans conséquence. J’arrive aux Chapieux après 7h48 et 50 Kms. Avant le ravitaillement, nous devons passer par un contrôle du matériel obligatoire, pour moi ce sera téléphone et veste imperméable. Hasard des rencontres la bénévole est originaire de Malestroit, BZH power !!!

Comme depuis le départ, je gère correctement les passages aux ravitaillements en ne perdant qu’un minimum de temps. Remplissage des gourdes, approvisionnement en solide, alimentation rapide. Comme à chaque fois je repars avec un bol de soupe et je fais une petite vidéo.

Nous prenons ensuite la route qui mène au col de La Seigne. Ce début d’ascension sur la route est très long et je suis un peu agacé par le bruit que font les bâtons sur la route. Ça n’a l’air de rien mais c’est assez pénible.

Une nouvelle fois dans la montée je me sens un peu nauséeux et j’ai un peu mal à la tête. Cette fois-ci pas de doute, c’est le mal aigue des montagnes. Tant pis, il va falloir faire avec. Une nouvelle fois lorsque nous basculons dans la descente je me sens pousser des ailes et j’ai l’impression d’être un bon descendeur. Mais à l’approche du lac Combal, le chemin devient plus pierreux et l’impression devient beaucoup moins bonne. Le check point du lac Combal est perdu au milieu de nulle part. Les groupes électrogènes tournent à fond, il y a du brouillard, je ne m’attarde pas. En repartant, un groupe devant moi à louper le bon chemin, pourtant même un aveugle aurait vu le fléchage. Déjà un manque de lucidité ?

Dans l’ascension suivante, je tente de me changer les idées avec mon mp3, 3 chansons plus tard il n’y a plus de batterie. Je n’aurais pas la fin de la chanson de Renaud ou des Wampas je ne sais plus. Dommage d’avoir passé autant de temps à préparer une play-list variée, pour que le lecteur se décharge dans le sac. Ça m’aura distrait 10 mn au lieu de 10h, c’est déjà ça.

Au passage de l’arrête du Mont Favre, la fin de la nuit approche, mais ma lampe frontale a donné tout ce qu’elle a. Jusqu’ici, elle a très bien éclairé, mais elle est très gourmande en énergie et comme la visibilité n’était pas bonne je l’ai réglée un peu fort. Maintenant elle n’éclaire plus guère, je prends donc la lampe frontale qu’Etienne m’a donné aux Contamines, mais je n’arrive pas à régler l’élastique. Du coup, je choisi de descendre prudemment avec la lampe à la main plutôt que de changer mes piles. Cette course se joue à des détails, une attache qui lâche à 2mns du départ et je me retrouve à faire une descente avec une lampe qui n’éclaire plus et une autre dans la main ce qui ralentit ma progression.

Le pointage suivant à lieu au Col Chécrouit. Jusqu’ici, mon estomac n’a pas été épargné par l’altitude et les différents mélanges (orange, chocolat, jambon, fromage, Tucs, barre de céréales, soupe…), mais cette fois-ci, il est récompensé par deux délicieuses tartines de pain aux céréales avec du miel : un régal.

Il reste 4kms de descente vers Courmayeur, la luminosité est suffisante pour ranger les lampes frontales et retrouver mes impressions de descendeur. Le chemin est très plaisant, propre, sinueux. Le soleil se lève sur la vallée et Courmayeur est un gros point d’assistance ou nous allons récupérer nos sacs de délestage. Bref, toutes les conditions sont réunies pour une descente très agréable.

L’entrée dans Courmayeur se fait par des petites rues pavées très jolies, mais au levée du soleil ce n’est pas la foule des grands jours. Juste avant de tourner vers le gymnase un bénévole crie « nove cento ottanta nove » ça veut dire 989 en italien et c’est mon numéro de dossard. Je ne comprends qu’après le virage. En fait, tous les sacs d’assistance sont alignés et un autre bénévole est en train de détacher le mien pour me le remettre à mon passage. Ce n’est pas l’organisation Réunionnaise où tu cherches ton sac pendant 10 minutes car le crayon sur ton sac poubelle s’est effacé avec la pluie.

Il est 6h50 du matin. Nous sommes partis depuis 13h20, j’ai parcouru 77 kms et 4249 m de D+, mais je ne suis pas encore à la mi-course.

Je me change complètement, c’est très agréable d’avoir des affaires propres et sèches, surtout des chaussettes. 4h de course sous la pluie, plus des torrents à traverser, les pieds n’ont pas trop aimés. Je les essuie, les masse un peu, ils sont tous plissés, c’est un peu douloureux mais pour le moment supportable. Je n’ai pas l’impression d’avoir compensé pour limiter la douleur, cependant je sais que je vais devoir être vigilent. Une fois avoir refait mon sac, je monte à la cantine. Des pâtes à la bolognaise, une compote, un café, je suis prêt à affronter les nouvelles aventures. J’essaie de joindre Ben au cas où, il serait en train d’arriver, mais sans succès. Je repars de Courmayeur après 25 minutes de pause, c’est plutôt pas mal.

Je repars sous les applaudissements d’une foule clairsemée. Courmayeur n’est pas très animée le samedi à 7h du mat’. Un petit film avant l’ascension et c’est parti pour une longue, très longue journée. J’ai perdu beaucoup de temps pendant la nuit, désormais je suis sur les bases de 35h.

La monté vers le Refuge Bertone se passe ni bien, ni mal bien au contraire... Je me ravitaille rapidement et repars. Apres quelques mètres de montée, nous tombons nez à nez avec le Mont Blanc. Il est face à nous, majestueux, magnifique. Tous les coureurs s’arrêtent pour prendre quelques photos ou vidéos.

Pas mal la vue!

Pas mal la vue!

Manu dossard 989 à l'UTMB 2014

Le parcours qui sépare le refuge Bertone du refuge Bertouli est absolument somptueux, j’en prends plein les yeux et mon rythme de course est plutôt rapide, je prends un plaisir immense. A l’arrivée au refuge, il commence à faire chaud. Pendant que je savoure ma soupe, un Suisse parle d’aller faire la sieste chez sa famille à Champex : euh tu n’as pas le droit Monsieur… !!!

La descente vers Arnuva se passe bien. Je suis motivé par la perspective de retrouver bientôt mon assistance, d’ailleurs je reçois un message d’Audrey qui me promet de me botter les fesses. Même pas cap !

L’étape suivante est le grand col Ferret, celui-ci porte bien son nom. C’est le point culminant de la course à 2526 m, il n’y a pas de végétation, et pas mal de vent. Je monte correctement, mais sans plus. Arrivé en haut je pause à côté d’une italienne sur une photo, elle avait l’air contente et ça m’a changé les idées 10 secondes. Il est 12h05, soit 18h35 de course, nous avons parcouru, un peu moins de 100km et 6650m de D+. Nous sommes désormais en Suisse.

Dans la descente je reçois un appel de Natha, Guntherine n’est toujours pas née…Ce qu’il me décrit de ce qui m’attend en bas n’est pas en mesure de me rassurer. Effectivement, la descente vers la Fouly est interminable, 10km et près de 1000m de D-. Lorsque l’on croit être arrivé et bien on continue et quand on est presque arrivé et bien on remonte pour mieux redescendre, ils sont pénibles ces Suisses…Enfin j’aperçois Etienne et Damien depuis le temps je n’y croyais plus. Je me ravitaille rapidement pour aller discuter un peu avec eux.

Pour la première fois, je prends connaissance de mon classement : 285è c’est bien, mais pas top. Je résume mes dernières heures de course. Il me donne des nouvelles des autres : pour Ben tout va bien il maintient son écart à ½ h - ¾ h derrière, Yann progresse bien, mais Michel a abandonné au lac Combal. Etienne me décrit aussi le parcours jusqu’à Champex et pense que j’arriverais à Chamonix vers 4h30. Du coup j’envisage une sieste à Champex. Je repars tranquillement. Une petite vidéo, quelques appels et SMS plus tard je me remets à courir. Le parcours me convient bien, les jambes répondent malgré la chaleur et je double plusieurs coureurs. Nous traversons ensuite Praz de Fort, un magnifique petit village Suisse. Nous sommes en plein après-midi, mais il n’y a pas âme qui vive, pourtant il semble habité, toutes les maisons ont leur tas de bois coupé et rangé avec une précision d’horloger.

La monté vers Champex se passe très bien, je monte d’un très bon rythme, je sais que je vais revoir mon assistance. Je sais aussi que je ferais mieux que Ben et Yann pour leur 1er UTMB. Arrivé au sommet Audrey m’attend. Elle fait les derniers hectomètres qui nous séparent du ravitaillement. Quand je retrouve les 2 autres, je suis regonflé à bloc par l’ascension. Il n’est plus question de sieste, je ne veux pas perdre de temps et profiter au maximum de cet état de forme. Etienne m’accompagne à l’intérieur. Il change les piles de ma frontale, pendant que je mange un petit plat de pâtes. Il me donne des nouvelles de l’arrière jusqu’ici tout va bien. Moins de 15 minutes plus tard je reprends la route.

Départ de Champex

Départ de Champex

Etienne et Audrey font les premiers hectomètres avec moi. Nous immortalisons le moment avec une petite vidéo. Puis Audrey décide de faire la parcours jusqu’à Trient, elle a besoin de s’entrainer pour le marathon du Médoc. Je fais attention à ne pas tirer avantage de sa présence pour ne pas être pénalisé. La montée suivante Natha l’a surnommée « la Bovine », tant il l’a aimé l’an dernier. Elle est raide elle est pierreuse tout ce qu’on aime. Cependant je m’y sens très à l’aise et je double beaucoup de coureurs. Certains pensent même que j’ai commencé la course à Champex, même Audrey n’arrive pas à suivre, il faut dire qu’elle passe son temps à papoter avec tout le monde. Nous profitons également du superbe panorama qui s’offre à nous, tout en consultant les messages d’encouragement.

Le pointage de la Giete se trouve dans le début de la descente au milieu d’un alpage. Puis nous reprenons la descente. Celle-ci est tout aussi pierreuse que la montée, mais là je suis beaucoup moins à l’aise. Je n’arrive pas courir et dans le bas de la descente j’ai perdu une bonne partie de l’avance gagnée.

A l’arrivée à Trient Audrey est partie en éclaireuse et je me remets à courir dès qu’il n’y a plus de caillou. Les supporters sont moins nombreux qu’à St Gervais mais il y a tout de même un peu de monde pour encourager. Je profite de ce ravitaillement pour me changer et m’équiper pour la nuit. Je m’alimente copieusement et je repars un café à la main. Je remercie Audrey en lui donnant mon T-shirt trempé de sueur et mes manchettes, puis je fais remarquer aux Suisses qu’ils ne savent pas faire de café…C’est parti pour les 30 derniers kilomètres.

Dans les premiers hectomètres de l’ascension un concurrent est arrêté et un autre attend les secours avec lui. C’est bizarre juste après le ravitaillement !

Le soleil déclinant pendant la montée vers Catogne, certains concurrents sont arrêtés pour s’équiper pour la nuit, je ne regrette pas d’avoir anticipé la chose à Trient, c’est tout de même plus pratique. Je teste également un bâton que j’ai récupéré sur le chemin pour voir. C’est une vulgaire branche, mais tout de même une bonne aide. Je le jetterai au sommet. Encore une fois mon rythme est soutenu et je double beaucoup de monde : un Finlandais qui écoute du rock finlandais, une Américaine qui était avec moi dans la première ascension et bien d’autres…

Mais dans la descente je me refais doubler par le Finlandais, l’Américaine qui est vraiment très à l’aise et bien d’autres. C’est assez énervant car je me sens vraiment bien mais je n’arrive pas à courir à cause des pierres. Dès que j’essaye mon pied se dérobe ou je glisse, promis quand je serais grand je m’entrainerai à descendre…

J’arrive à Vallorcine, où Damien est censé m’accompagner. Mais il n’est pas là. Je prends mon ravitaillement et je repars avec une soupe. Je commence à emprunter le sentier lorsque Damien m’appelle et me dit que son bus est en train de se garer. Je l’attends et il court me rejoindre malgré son entorse. Super l’assistance…Pendant que nous échangeons un peu à côté des brasiers destinés à réchauffer les coureurs, je reçois un texto d’encouragement de Maelle qui me dit que je suis 206è au pointage. J’ai dû perdre quelques places en attendant Damien, mais la perspective de finir dans les 200 premiers me motive pour les 20 derniers kilomètres.

Je repars de plus belle, direction la Tête aux vents via le col des Montets.

L’ascension vers le col des Montets est une formalité, puis nous traversons la route et là, ça se corse. Il y a des grosses marches et des rochers à escalader. Très motivé, je continue sur mon rythme élevé et j’arrive rapidement au sommet en ayant doublé plusieurs concurrents. J’appelle Etienne pour les prévenir de mon arrivée prochaine. Puis j’entame la descente et de nouveau les pierres me ralentissent et des coureurs me dépassent. Puis c’est le pointage et je comprends que j’ai appelé Etienne trop tôt. La tête aux vents, c’est là et pas au sommet où il y avait un brasier, des supporters et des drapeaux. Je rappelle Etienne. Bien m’en a pris car ils étaient en train de rouler à allure non modérée pour arriver à l’heure.

Les quelques kilomètres qui nous séparent du téléphérique de la Flégère sont interminables. Je pense plusieurs fois être arrivé, mais je me trompe et il y a toujours autant de cailloux. Enfin j’arrive au dernier ravitaillement. Je suis 203e. Je contrôle les niveaux : j’ai de l’eau et des barres de céréales, je décide de ne pas m’arrêter. Avec cette stratégie je gagne trois places, soit 3 personnes arrêtées au ravitaillement. Il reste 8 kilomètres de descente.

Etienne m’a décrit une dernière descente facile. Ben m’avait dit que l’arrivée se faisait par un grand chemin forestier roulant. Je me réjouis à l’avance de cette dernière descente ou je vais pouvoir courir et savourer les derniers kilomètres jusqu’à l’arrivée.

Après 500, je double un nouveau concurrent, 199e : Yallah !

Puis de nouveau quelques racines et cailloux pointent leur nez, je ralenti mais ça va. Je croise 2 Espagnols qui m’encouragent et je les entends redescendre 2 minutes plus tard accompagnés de 2 coureurs, ils me doublent à une vitesse incroyable, comment font-ils ?

Les racines et les pierres se faisant plus nombreuses, je me décourage et surtout je m’énerve. J’en veux à Ben et Etienne, en fait surtout à moi, d’avoir imaginé un chemin tout propre, on est en montagne pas sur le halage. Je m’en veux aussi d’être aussi nul en descente. Je double des coureurs en difficulté mais surtout je me fais doubler par de bons descendeurs, je ne serais pas dans les 200 premiers. Ce n’est pas important. Cette perspective m’a surtout permis de rester dans la course et m’a donné une source de motivation supplémentaire pour les derniers kilomètres.

Comme je savais que je n’avais pas besoin de ma lampe frontale toute la nuit, je l’avais mise à fond. Malheureusement, maintenant elle n’éclaire pratiquement plus. J’essaie de suivre un groupe pour profiter de leur lumière mais je n’y arrive pas. Heureusement nous approchons de Chamonix. Enfin j’emprunte le beau chemin forestier sans caillou, ni racine, malheureusement ce n’était pas sur les 8 kilomètres. Je reçois un appel de mes supporters qui s’inquiètent de ne pas me voir arriver. A la sortie de la forêt, il reste un peu plus d’un kilomètre dans la ville de Chamonix. Pressé d’en finir je cours encore bien. Quelques mètres le long du torrent, un dernier faux-plat montant et j’aperçois mes supporters. Nous courons ensemble dans la rue principale. Fier d’en finir, je tape dans les mains des courageux supporters encore présents en faisant flotter le drapeau breton. Il est 2h40 du matin. Un dernier sprint en compagnie d’Etienne qui essaie de filmer. J’attends qu’un concurrent Espagnol passe la ligne accompagné de son fils pour la franchir à mon tour.

168 kms, 9600m en 33h10, 207ème : voilà ça c’est fait. Je suis champion Olympique, champion du monde et détenteur de la meilleur performance mondiale du Team Socios. C’est le moment de partager avec mon assistance en attendant Ben et Yann.

Benoît arrivera 3h41 après, alors que Chamonix est encore désert. Pendant que nous prenons une bière bien méritée, il nous décrit ce qu’il voit dans le ciel : une sorte de trousse géante et transparente avec des couleurs…Quand on pense que certain paye des fortunes pour avoir de telles hallucinations !!! Ça laisse des traces tout de même.

Belle polaire Benoit!

Belle polaire Benoit!

Nous laissons Ben se reposer et allons encourager Yann à Vallorcine, avant d’aller se reposer une heure. Nous le retrouverons à l’arrivée.

Yann arrive à Vallorcine

Yann arrive à Vallorcine

Il terminera en 45h13, certes une ½ journée plus tard, mais il aura la chance d’arriver devant un public venu en nombre. En ce début d’après-midi il aura le droit à l’ovation de la foule.

Moralité : si à ton arrivée tu veux être acclamé, mieux vaut en chemin trainer.

Le temps est maintenant venu de remercier ceux sans qui cette aventure ne serait pas possible.

Merci à tous ceux qui nous ont encouragés, la famille, les amis, les collègues etc…

J’ai reçu plus de 70 SMS et une bonne douzaine d’appels pendant la course. Ce qui fait un message de soutien tous les 2 kms. Encore merci, vous avez également contribué à la réussite de ce défi.

Merci à l’équipe d’assistance. Etienne, Damien et Audrey vous avez été tops et sans vous la course aurait été beaucoup plus compliquée.

Merci Anne-Marie et Michel pour les encouragements et surtout pour la bière à l’arrivée. Celle-là était méritée.

Merci à mes éternels compagnons d’aventure, Ben, Etienne, Natha et Yann.

Merci à Karine ma petite femme chérie, Tilio et Louen mes adorables bambins pour leur soutien. Merci d’avoir supporté les heures d’entrainement et de m’avoir permis de vivre cette aventure. Je vous aime très fort.

Je terminerais par ne pas remercier Nini et Guntherine qui ont mal géré le timing, empêchant Natha de nous accompagner. Finalement, elle ne s’intitulera pas Guntherine mais Lena et verra le jour le 14/09/2014. Bienvenue à elle et félicitations aux parents.

Conclusion :

C’est une course exceptionnelle, dans un décor somptueux avec une organisation au top. En ce qui me concerne, je l’ai très bien vécue, malgré e la frustration dans les premières ascensions et de l’agacement dans les dernières descentes. J’ai très bien gérée ma course, j’ai eu un rythme régulier du début à la fin avec très peu de baisses de régime. Je termine très frais et surtout avec aucune douleur et très peu de courbatures. Il va maintenant falloir se fixer d’autres objectifs et notamment se qualifier pour les championnats de France de marathon qui auront lieu à Rennes l’an prochain et promis je vais m’entrainer à descendre car ce n’est pas possible d’être aussi nul.

Allez Bisou et à la prochaine !

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Un champion d'Europe , du monde et olympique 10/10/2014 07:08

Il manque le titre de champion d'Europe ....moi je dis ça ...

Un champion d'Europe du monde et olympique 10/10/2014 23:18

Des très belles courses ! Mais de plaines ....

Manu 10/10/2014 09:29

et la barjot et le raid du golfe... ? c'est quoi