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Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016

Publié le 18 Septembre 2016

Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016

« Ils ne savaient pas que c'était impossible

alors ils l'ont fait ….... » Mark Twain

Evergreen..... Comment ai-je pu ne serait ce que décidé à m'inscrire......

Je revois encore ce projet de triathlon dans un mail il y a 2 ans.

Tout juste sorti de l'UTMB, j'apprends l'existence de ce triathlon format Ironman qui me paraît complètement indigeste. Et pourtant, je me suis nourri de toutes ces reportages et vidéos où on voit les exploits de ces types qui finissent le Norseman, l'Altriman,etc.... Ca paraît tellement dingue , mais en même temps, c'est si excitant !

Je ne connais pas le tri depuis longtemps mais je suis attiré par le long, et le half de Sizun et le half de l'Altriman me confortent dans cette idée. Le véritable exploit de mes camarades du CNPR lors de l'Embrunman 2015 finit par me convaincre. En 2016, je ferai un Ironman !

Lequel, alors ? L'Ironcorsair ne me fait pas rêver, l’Altriman a mes faveurs, mais c'est bien l'Evergreen qui est choisi car beaucoup plus simple d'un côté organisationnel. Par contre au niveau de la simplicité de l’épreuve, on repassera…..

Inscrit officiellement en février, je ne veux pas commencer trop tôt la prépa. J'ai bien trop peur de me cramer et de me lasser. Je décide donc de commencer vraiment ma prépa début Mai avec le stage du club dans le Massif Central (sans déconner, La Bourboule, ça claque trop !!!!!!!)

J'arrive à réaliser à peu près la prépa que j'espérais, je suis juste ralenti par une bonne semaine d'arrêt après le raid du golfe et par 15 derniers jours en vraie roue libre, car je commençais sérieusement à me lasser. Il fait chaud en ce mois d'Aout et il devient usant de rouler à l’aube avant le boulot pour trouver de la fraicheur.

Nous sommes à J-3. Arrivé à Chamonix le mardi soir, je ne suis absolument pas stressé. 24H plus tard et 2 reconnaissances de col plus tard, je suis en panique absolue…. J'ai une barre dans la poitrine, et je suis vraiment content de retrouver le copain Etienne et le copain Natha qui le font en relais et qui vont m'aider à canaliser ce stress.

Nous allons chercher nos dossards le vendredi matin. Le briefing est dans la foulée. J'ai vraiment l'impression d'être le seul à me poser autant de questions. Il me semble que tout le monde a sorti ses plus beaux maillots de finisher et que la confiance est de mise !

Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016
Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016

Nous rentrons à l'appart, il nous reste à nous préparer et à nous occuper de ces putains satanés sacs de transition. Je me suis moqué du monsieur qui râlait en voyant la grandeur des sacs. Je me rends compte qu'il avait bien raison et que c'est un fait, ça ne passe pas. Retour donc à l'essentiel, il faut un vélo, un casque, un dossard, des chaussures vélo, des chaussures course à pied, une combi, des bidons…. Bref l’essentiel ne passe pas non plus!

Le réveil sonne à 2h30, je suis déjà réveillé depuis une demi-heure, mais je n’ai finalement pas trop mal dormi. Direction le bus qui doit décoller à 3h15 pour rejoindre le lac de Montriond et sa partie natation. Dans le bus, je me sens bien, on a de la place, il fait chaud et j’essaye de me reposer au maximum. Chaque détail compte, à 4h, c’est l’heure de manger ….

Nous arrivons finalement à Montriond, il fait nuit, on retrouve nos vélos. Il nous faut désormais patienter plus d’une heure….. Je file voir mon vélo pour remettre la batterie du Di2. Tout est ok, j’avais trop peur de connaitre la même mésaventure qu’à Vertou.

Je perds mes copains de vue, je les retrouve finalement au son de la voix de Natha qui se prend la tête avec une arbitre… C’est bizarre, Natha il est pourtant au clair avec les règlements et l’autorité…..

L’heure avance, la pression monte, les visages se crispent. Il est temps de mettre la combinaison. La musique qui passe ajoute de la tension à cette atmosphère déjà pesante.

On nous annonce une eau à 17.9 degrés, c’est hyper confortable.

Le départ est enfin donné et on file chercher une bouée pour la contourner tout de suite par la droite. Ca bouchonne et ça bastonne comme pour un format S. Heureusement, je ne reçois pas de coups et je me cale bien au chaud en essayant de m’appliquer au mieux dans la nage. Le souci c’est que la visibilité est réduite et j’ai du mal à me repérer. Je reste au milieu du lac et je m’apercois que les bouées sont complètement sur les extérieurs ! Je maudis l’organisation car je n’ai jamais lu ça quelque part. Tant pis, je ne sortirai pas premier de l’eau……

Le parcours est fait de 2 boucles avec une sortie à l’australienne. J’entends Etienne qui me dit que Natha est juste devant. Ca me motive et me donne l’envie d’aller le chercher. Je me sens bien finalement dans l’eau et le soleil qui s’est levé rend cette partie natation bien plus facile et agréable que prévue.

A 200 m de l’arrivée, je tombe enfin sur mon Natha qui ne me voit pas. Je sors de l’eau avec difficulté à cause des cailloux qui composent la sortie du lac et je file chercher mon sac de transition. Je retrouve Natha qui m’encourage et je file chercher mon vélo. A ma grande surprise , il reste pas mal de vélos encore dans le parc.

C’est parti pour le vélo. Il y a 12h pour faire la natation et le vélo.Ca peut passer, ça doit passer, ça va passer !

Après 5kms de descente, on arrive assez vite sur la montée du col de Joux Plane. Je décide d’être prudent et de monter tranquillement. Je suis surpris de déposer certains vélos sur le début de montée alors que je ne vais pas très vite. Le parcours vélo est quand même très costaud, je ne vois déjà pas comment ils pourraient le terminer dans les délais. Le sommet est assez vite avalé, il faut faire place à la descente. C’est une descente rapide, où je me rends compte de l’inefficacité de mon plan initial. Je comptais me ravitailler dans les descentes, c’est une très mauvaise option. Il faut les 2 mains sur les cocottes, car entre la rapidité de la descente, les lacets, les quelques trous et les voitures qu’on croise, il faut une immense attention.

Je me ravitaillerai donc dans les parties planes où au sommet des cols en m’arrêtant, quitte à perdre quelques minutes….

Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016

La suite du vélo est très agréable, les kilomètres défilent, c’est magnifique et les côtes de Morillon et de Balme sont un avant goût du morceau qui nous attend, le col de Romme enchainé par la Colombière.

Je les ai reconnu la semaine avant et heureusement. Car on débute directement par un véritable mur , les premiers kilomètres sont à plus de 10% de moyenne, je me répète inlassablement le même refrain. « Avancer, toujours avancer, même à 2 à l’heure…. »

Je fais une petite blague en doublant un duo de coureurs en annonçant ma future attaque. Ceux qui m’ont connu au Tourmalet savent de quoi je suis capable…. Je fais un kilomètre avec un triathlète de Blain qui connait Totof , jusqu’au moment où je continue à parler ….. mais tout seul ! Il a lâché, et honnêtement , ça fait du bien au moral.

J’arrive en haut de Romme, heureusement, il y a un petit vent car nous sommes à l’heure où le soleil est au plus haut, et la chaleur commence à se faire sentir.

Il faut maintenant redescendre jusqu’au Reposoir avant de grimper la fin du col de la Colombière. On retrouve des pourcentages vraiment élevés, qui dépassent les 10%. L’avantage (ou l’inconvénient), c’est qu’on voit l’arrivée du col longtemps avant l’arrivée. Le dernier kilomètre fait mal, très mal même, je double un gars arrêté la tête dans le guidon à seulement 300m de la ligne. Je lui glisse un petit mot d’encouragement. Hors de question pour moi de craquer. En haut, nous serons à mi course, j’aurai voulu passer en 5h, j’ai un peu de retard (1/4h) sur les prévisions, mais pas de panique, la 2e partie est plus facile.

Je prends du temps pour me ravitailler en haut et c’est reparti pour la descente qui doit mener au dernier col de la journée, celui des Aravis. Il est long mais les pourcentages sont plus faibles, ce qui me correspond mieux. Et pourtant, je n’arrive pas à enclencher la machine, je manque de jus, mais je m’aperçois que je ne suis pas le seul et la route est encore longue. Des douleurs musculaires inconnues jusque là m’irradient l’intérieur des cuisses. (je ne savais même pas l’existence de tels muscles) Je grimace 5 minutes puis la douleur repart comme elle est arrivée, avant de revenir un quart d’heure plus tard….

La récompense vient de la gentille bénévole du col qui me refait le plein de moral au passage, merci à elle !

La descente des Aravis est dangereuse et on roule ensuite sur une departementale où il y a beaucoup de voitures. Encore une fois il faut rester concentré. Le temps passe, les kilomètres aussi, on aperçoit les panneaux Chamonix. Si je m’en fie à mon road book, il y a un faut plat de 14kms avant la dernière côte. Tu parles d’un faux plat, c’est une véritable montée. L’orage et la pluie s’y invitent. Ca fait quand même du bien , même si la route devient une sacrée patinoire.

Il reste enfin cette fameuse ultime côte de Vaudagne, ultime difficulté en vélo. Il faut s’accrocher ! Des travaux nous font emprunter une portion de route d’à peine 100 m où tout le monde doit poser pied à terre car la pente est trop forte…. Il reste ensuite à terminer le travail en filant sur Chamonix. J’ai peur de crever en empruntant une voie gravillonée pour éviter d’attendre devant le feu rouge d’une route en circulation alternée.

Enfin, Chamonix ! dernier virage à gauche et je vois Etienne qui m’attend, le vélo ,c’est ok !

A peine arrivé, on prend mon vélo, je récupère mon sac de transition. Je discute avec Etienne qui m’annonce son temps canon de 7h45. J’en reste scotché , comme dirait certains, là c’est cador ! Etienne s’enquiert de mon état, je lui dis que j’ai mal partout mais que je suis dans les temps et donc qu’il n’y a aucune raison de ne pas continuer. Je ne râle pas trop , ça le rassure sur ma capacité à finir.

Je jette mes gourdes de boissons énergétiques, je ne peux plus avaler ça. Je les remplace par de l’eau et du coca.J’ai fini le vélo en légère hypo, je l’ai bien ressenti mais je voulais finir au plus vite le vélo car je savais que je pouvais prendre un bon ravito en T2 .

C’est ce que je fais , enfin c’est ce que je crois faire. Car si je repars en trottinant et si j’attaque la pente à un bon rythme, je me retrouve complètement sans énergie une demi heure plus tard… Je pense que je n’ai pas encore assimilé ce que j’ai mangé. Je n’avance plus, un mec qui me double me rassure, «ca va revenir ». Je m’accroche à cette idée, et l’expérience de l’ultra fait qu’on peut effectivement passer d’un état à l’autre en très peu de temps. Je m’accroche et décompose mes montées en 15 min suivie de 40 secondes de pause en m’efforcant de boire. Je choisis toujours un joli caillou pour m’asseoir. Il fait encore jour et on a vue sur l’autre versant , c’est tout bonnement superbe .

Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016
Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016

Enfin, le sommet est là ! La suite de la première boucle est annoncée roulante, c’est le cas. Je m’efforce de courir dès que le sentier le permet. Je ne prends aucun risque dès qu’il y a des cailloux. L’objectif c’est bien d’être finisher !

Je retrouve enfin Chamonix par la même route que la fin de l’UTMB mais aujourd’hui, Chamonix est bien vide et on se retrouve au milieu de noctambules surpris par notre présence, et qui parfois nous encouragent, et parfois nous font des « aaaaahhhhh » qu’on pourrait rencontrer facilement au V and B par exemple.

Je rejoins Etienne au ravito d’arrivée avant d’attaquer ma seconde boucle. Il me confirme que Natha est bien et qu’ils devraient gagner la course en relais, classe ! J’ai pris de l’avance sur la barrière horaire avec ma première boucle mais j’ai besoin de faire un bon stop au ravito. J’ai beaucoup de mal désormais à m’alimenter, et musculairement, ça commence à piquer sérieusement. Je repars avec Etienne qui m’accompagne sur les 2 premiers kilomètres . Il devient difficile de courir, donc il faut essayer de passer en mode marche rapide . Il y a 7h pour finir, ca peut passer, ça doit passer, ça va passer !

Brusquement, le chemin s’élève. Et c’est parti pour une montée infernale qui me parait d’une longueur interminable…. Je perds toute sociabilité, je suis en souffrance, je repense à tous ces messages, à toutes ces semaines d’entrainement. Je me raccroche à tout ça. Au bout d’un moment, on arrive à un endroit surréaliste , « la buvette de Caillet » où des petites tartes, jus de pomme et de poire nous attendent autour d’un feu et de musique qui nous réchauffe les corps ! La magie du lieu n’incite pas à repartir, et pourtant, il faut y retourner !

On monte encore, et encore, les chemins ne sont pas du tout roulants, on se trouve sur des immenses cailloux , des plaques qui me font penser à de gros palis, heureusement qu’il ne pleut pas ! Enfin, on trouve la plan de l’aiguille, enfin presque, car nous devons encore grimper jusqu’à la remontée. C’est annoncé 500 mètres mais ça me parait des heures, et je vois le chrono qui tourne et je me demande si je vais pouvoir rentrer dans les délais….(je crois que cette partie de course est accompagnée de jurons …) Les bénévoles me rassurent, « maintenant, ça ne fait que descendre , il reste plus de 2h, vous êtes largement bon »

Je me méfie quand même car ce sont des montagnards et à ce moment de la course, j’ai les capacités de descente d’un vieillard….Je retrouve aussi des débuts de sensations hallucinatoires. Je commence à deviner des formes avec les arbres que je croise, j’ai l’impression qu’il y a tout le temps quelqu’un derrière moi…. Je me casse la figure 3-4 fois, mais heureusement, il n’y aura pas d’autres nuits à passer, et les lumières de Chamonix grossissent, grossissent, grossissent jusqu’à entendre enfin une petite voix qui dit « bravo » .

Ca y est , il faut passer le pont et il restera 300mètres….

Natha et Etienne m’y attendent, je peux les embrasser chaleureusement, je vais passer la ligne d’arrivée de l’Evergreen, j’en suis un FINISHER …..

Merci aux organisateurs et aux bénévoles de cette course hors normes !

Merci à tous ceux qui m’ont encouragé, que ce soit les potos, la famille, les copains du Tri,etc…. vous m’avez tous été d’une sacrée aide !

Merci à Etienne et Natha qui m’ont accompagné suite au forfait de Ben. C’est vraiment l’amitié qui est récompensée car suite à ça, ils pourront dire à tout jamais qu’ils ont gagné l’Evergreen ! (et en plus maintenant ils ont l’heure sur leur montre !)

Le meilleur pour la fin avec un immense Merci à mes pissouses, à savoir mon Bouchon et ma Zoé. Sans elles, je ne serais déjà pas grand-chose, mais en plus elles m’ont accompagné dans mon rêve et m’ont permis d’y arriver !

Maintenant, avant de rêver de Norseman ou Trail Jambes Allaire, il y a la plus grosse, la plus difficile et redoutable épreuve au monde qui arrive ….

Changer les couches et donner le biberon, et là , les barrières horaires sont plutôt serrées…..

A suivre……..

Compte Rendu evergreen Yannos 10 Septembre 2016
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