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Manu au Raid du Golfe 2016

Publié le 13 Septembre 2016

Raid du Golfe 2016

24/06/2016-87km

Jeudi 23/06/2016

Il est 22h30, il va être temps que je commence à préparer mes affaires pour le Raid du Golfe, c’est demain tout de même.

Avant de commencer, il faut que j’imprime le règlement et les lieux des ravitos, mais mon imprimante ne fonctionne pas, celle-là à chaque fois qu’on a besoin d’elle, elle fait des siennes. Je note sur un papier le matériel obligatoire.

Je regroupe l’ensemble de mes affaires, mais où est cette putain couverture de survie ??? Tant pis, j’irais en acheter une demain.

Je vais me coucher, l’esprit n’est pas léger, j’ai encore plein de trucs à préparer et qu’il ne faudra pas oublier de prendre demain matin, bilan la nuit sera très courte.

Vendredi 24/06/2016

Je complète mes affaires et je retrouve cette putain couverture de survie.

Apres avoir déposé les enfants à l’école et à la crèche, direction Vannes. Il faut que j’aille à St Maclou chercher des plinthes et à Lapeyre pour commander des caissons de placard…Le raid du Golfe n’est pas trop ma priorité en ce moment. Nous déménageons dans une semaine, je n’ai pas fait de sorties longues et ma préparation était surtout axée : pose de carrelage, de parquets, de seuil de portes et de vitrification d’escalier.

Après ces péripéties bricolage, je vais retirer mon dossard. Dans la file, je tente de changer la carte sim de mon téléphone pour la mettre dans un petit portable, plus léger, plus solide et plus adapté au trail, malheureusement j’avais oublié que s’était une mini SIM, je n’ai pas pensé à l’adapteur, j’avais pensé à le charger c’etait déjà pas mal. Bon et bien ce sera avec le smartphone ce n’est pas grave.

Je récupère mon dossard, ma boite de gâteau et je retrouve mes parents qui vont m’emmener au départ après le déjeuner. Il est 11h30 place à la course.

Arrivé au mobil home, je commence à préparer mes affaires, il ne me manque rien et tout semble passer dans ma ceinture porte bidon, c’est cool je ne vais pas avoir besoin de mon sac à dos.

Juste avant de passer à table, l’idée me vient de mettre mes gourdes au frigo. Oh putain punaise ! je n’ai pas pris mes gourdes !!!Elles sont à sécher à côté de l’évier.

Tant pis je vais prendre mon sac à dos ! Oh putain !!! de bordel de merde quel con ! Saperlipopette, je n’ai pas pris de poche à eau non plus, ouh la boulette !!!

J’appelle mon collègue Christophe, qui doit prendre aussi le départ, au cas où il pourrait me dépanner. Soulagement, sa femme va pouvoir me prêter la sienne.

Les signes contraires ne manquent pas, c’est clair je ne suis pas bien préparé pour cette course. Je mise tout sur la fraicheur, la décontraction et l’expérience.

Après manger, je finis de préparer mes affaires et direction Port Navalo pour rejoindre la ligne de départ.

Je repère la ligne départ et j’appelle Christophe pour pouvoir récupérer sa poche à eau.

Je discute 5 minutes avec des vieilles connaissances Emilie dit Ielobsubmarine* et Guillaume dit Guigui, ça fait toujours plaisir, car on n’a pas le même maillot mais on a la même passion. (*poissonnière d’Astérix)

Je retrouve Christophe et sa famille. Ca y’est j’ai mon équipement complet. Nous faisons quelques photos, Christophe finit de remplir son garde-manger et nous gagnons la ligne de départ : Normalement, c’est là que nos chemins se séparent.

Apres un petit briefing, une petite musique d’ambiance pour faire monter l’adrénaline le départ est donné. Il fait beau et la foule est nombreuse c’est très agréable. Nous sommes filmés sur les premiers kilomètres par l’hélico comme sur le tour de France.

Je me suis fixé 4’30/4’40 au kilo mais je veux rester en peloton le plus longtemps possible.

Alors que 2 coureurs commencent à s’échapper, je me cale à l’arrière du peloton de tête, c’est un peu plus rapide que prévu mais c’est très confortable et je suis à l’aise. Cela dure jusqu’au 6e kilomètre ou ça commence à ralentir un peu, je suis désormais dans l’allure fixée. Je suis alors 13e, mais sans accélérer je remonte des places petit à petit.

Au 13è kilomètre je me retrouve 1er, je suis dans mon allure, je suis bien, le parcours est magnifique, je prends un énorme plaisir et les soucis de préparation sont envolés, même si je sais que l’arrivée est loin.

J’arrive au moulin de Pen Castel, il y a beaucoup de monde et l’ambiance est chaleureuse, je savoure ma première place et je continue sur le sentier côtier. J’essaie de rester concentrer, mais surtout de profiter. J’arrive au premier ravitaillement à Port Neze, j’ai parcouru 17.7 km, avalé 113m de dénivelé positif en 1h18 soit 13.59 km/h. Mes parents sont là, surpris de me voir en tête, mais probablement fiers. Je m’arrête pour me ravitailler, m’hydrater et mouiller ma casquette. J’échange quelques mots avec mes parents et je repars après une petite pause technique. Le second n’est pas très loin, il a repris du temps au ravitaillement. Je continue sur mon allure avec la même attitude positive. Cependant plusieurs fois j’ai des hésitations ou je dois m’arrêter ou faire quelques mètres supplémentaires à cause d’un fléchage très approximatif, c’est assez énervant surtout quand on est en tête, d’autant plus que cela permet au second de se rapprocher. Une fois revenu à ma hauteur nous entamons la discussion et nous continuerons ainsi jusqu’au prochain ravitaillement.

Plusieurs fois je retrouve mes parents qui m’encouragent.

C’est ainsi que sans trop m’en rendre compte, nous arrivons au stade de Sarzeau après 2h27 de course, 32.5 km et 202m de dénivelé.

Une nouvelle fois je prends mon temps au ravitaillement, nous signalons les problèmes de fléchage et envions la bière des bénévoles. Mon acolyte part quelques instants avant moi, mais il me dit qu’il va ralentir car il pense être parti trop vite. Dehors, je m’arrête au point d’eau pour me rafraichir et cette fois c’est vraiment reparti. Je suis surpris de ne pas l’apercevoir de l’autre côté du stade, j’ai été si long que ça ? ou alors il est parti plus vite que prévu. Je loupe la sortie du stade décidément ce fléchage ne me convient pas. Je continue sur le même rythme, mais nous partons vers la campagne, fini le sentier côtier. Malgré mon allure je ne comprends pas pourquoi je ne reviens pas sur la tête de course, il n’a pas du ralentir, il faut dire que sa montre ne marchait pas. Si c’est le cas il va finir par exploser, moi je continue d’être régulier. Apres encore des hésitations de parcours, je croise un bénévole et lui demande si il est loin, il me dit 1’-1’30. C’est étonnant. Je passe ensuite un poste de pointage inopiné et je continue. (C’est de ça dont il parlait et non du 1er mais ça je ne l’ai compris que plus tard)

Il y a de plus en plus de partie route et je suis accompagné d’une voiture de l’organisation qui remet des fléchages, il y a des endroits où il n’y en a pas du tout.

Soudain, je sens que plus rien ne va. Des problèmes gastriques commencent à arriver, des douleurs dans les cuisses apparaissent, je prends un grand coup au moral. Je ne suis pas encore à mi-parcours, ça va être long et comme je pense avoir perdu ma première place, je n’ai pas grand-chose pour me motiver. Je commence à marcher pour récupérer un peu mais je sais que je ne lutterai plus pour la tête de course.

A la sortie d’une plage j’aperçois mes parents ainsi qu’Etienne, Yann, Ti bouchon et Zoé. Ils se sont retrouvés ici par hasard. Je ne sais plus trop ce qui se passe. Mais c’est sûr que je n’ai plus le même enthousiasme. Encore une petite hésitation de parcours et quelques mètres plus loin je me fais doubler et je n’essaie même pas de m’accrocher. A l’approche du point d’eau du Hezo, je me fais une nouvelle fois doubler par un concurrent qui me dit que tout le monde souffre qu’il faut s’accrocher.

Au point d’eau je trouve Gérard le président du club de Ploërmel. Il m’encourage me dit que je suis 3e, je comprends alors que j’étais encore 1er il y a peu. Si j’avais su j’aurais certainement géré différemment ce coup de moins bien. Je discute un peu avec Gérard, je prends du temps pour m’hydrater et me rafraichir et je repars. Je suis toujours à la limite des crampes et je dépose mes tripes à plusieurs reprises et je marche de plus en plus souvent. Je continue à me faire doubler régulièrement et le parcours n’a pas beaucoup d’attraits. A 2 km du ravitaillement de Noyalo je suis rejoint par un concurrent qui me dit de le suivre si je peux, j’y arrive on discute un peu, ce n’est pas la grande forme mais ça va un peu mieux. Je tiendrais avec lui jusqu’au stade de Noyalo. Il est 19h29, j’ai parcouru 53,3 km. Il reste encore 34 km.

Je retrouve ma famille et mes amis. Ils essaient de me remonter le moral. J’aperçois aussi Géraldine la femme de Christophe et je vois dans ses yeux qu’elle est déçue que sa poche à eau ne soit plus en tête. Gérard est également là. Je vide ma boisson isotonique, car je ne la supporte plus. Constat ma poche est quasiment pleine, j’ai bu moins de 500 ml, même si je me suis bien hydraté aux ravitaillements, j’avais pourtant l’impression de m’hydrater régulièrement, mais a priori pas assez. Je remplie ma poche d’eau, j’ai du mal à m’alimenter, il n’y a rien qui me tente, je me force à manger un peu de fromage mais c’est difficile. Je repars en 7e position mais 2 concurrents sont juste devant moi. J’essaie d’écouter les conseils du grand tacticien Yann et d’essayer de m’accrocher à eux. J’y arrive un peu ce qui me permet de rester un peu motivé car je sais que la forme peut revenir. A deux reprises encore je trouve mes parents sur le parcours. On nous annonce aussi que la 2e place n’est qu’à 8 minutes. Ce n’est pas pour le moment.

Je fais un peu l’élastique et sur le pont de Noyalo j’entends des encouragements, je ne sais pas trop de qui ça vient, car je ne reconnais pas tout de suite Anne Marie et Michel le président de mon ancien club de Luçon, avec qui nous avions aussi fait l’UTMB, quelle surprise. (Il était en train de retirer son dossard à Vannes pour le trail de 56km du lendemain, quand il a entendu que j’étais en tête et a donc décidé de venir me voir sur le parcours) merci c’est sympa.

Nous enchainons les portions routes et je me fais complétement décrocher. Cela redevient difficile, je suis seul j’ai très mal aux cuisses et je n’avance plus.

Quelques kilomètres plus loin, j’arrive à hauteur de gens qui prennent l’apéro sur l’herbe. J’en profite pour prendre une bonne gorgée de bière pour me remonter le moral. Ça fait du bien.

J’ai hâte d’arriver à Séné, mais je marche beaucoup trop souvent. Lorsque j’arrive enfin au stade, j’ai encore perdu une place. Je prends une nouvelle fois mon temps et me laisse tenter par du riz au lait et je sens que ça me fait du bien. J’en prends plusieurs fois et je m’hydrate bien. Je repars en marchant avec un potage à la main, il reste 21 km et 1h54 pour tenir l’objectif de moins de 8h. Apres environ 800m de marche et de potage, je fais une petite pause technique. J’ai encore perdu 4 places et je repars juste derrière un concurrent mais j’ai l’impression que ça va mieux, il fait moins chaud, et l’allure redevient correcte. Nous discutons beaucoup avec mon nouveau compagnon de route et enfin nous retrouvons le sentier côtier. La mer est haute et le soleil va se coucher sur le golfe, le plaisir revient.

Une chose en entrainant une autre, petit à petit l’allure monte et nous commençons à reprendre des concurrents qui m’avaient doublé au ravitaillement. Apres 7 km dernier point d’eau avent l’arrivée. Il reste moins de 14 km et moins d’1h10. Le ravitaillement est éclair mais il va falloir tenir plus de 12km/h pour tenir l’objectif ça va être difficile.

Nous tenons l’allure et c’est un bon challenge pour se motiver tout comme le coucher de soleil sur le golfe. Nous reprenons encore des concurrents dont l’ancien second de la course. Si mes calculs sont bons nous sommes 6 et 7 j’en informe mon compagnon, il est surpris, content mais aurait préféré ne pas savoir. Je l’encourage et décide d’accélérer pour aller chercher la barre des 8h.

Je me sens vraiment bien, la nuit est tombée je n’ai pas sorti ma frontale, ça doit passer comme ça, mais il faut être vigilant. Je regarde ma montre le chrono s’affole je suis à 4’30/km après plus de 75 bornes. Au hasard d’un sentier je vois Yann, Ti Bouchon et Zoé. Ils m’encouragent, je tape dans la main de Zoé, j’ai la frite, ça doit leur changer de la dernière fois qu’ils m’ont vu. Il m’informe que le 5e est trop loin mais que je dois m’accrocher au podium sénior, je ne sais pas de quoi il me parle, moi c’est les 8h qui m’intéressent maintenant. A l’approche de Vannes, je croise une colonie de lapins et j’aperçois les grues du port de Vannes ça sent l’écurie et ça devrait passer pour le chrono. Arrivé à un croisement, un bénévole m’indique par où passer je n’ai rien compris, je demande au 2e combien il reste, pas de réponse, peut-être un muet. Je commence à monter mais je ne vois pas de balisage et je sens que ce n’est pas la bonne direction. Heureusement je suis lucide je fais ½ tour j’avais bien loupé le fléchage, j’ai fait 600m de trop, je suis en colère, le bénévole aurait pu me dire que je me trompais…à moins que ce ne soit vraiment un muet. Nous traversons entre les bateaux et j’aperçois Sébastien un autre collègue de boulot venu voir l’arrivée, j’essaie de sourire pour la photo. Je contourne le bassin et je franchis la ligne d’arrivée. 88km43 en 7h58’46.

Je suis 6è et 1e Sénior, le contrat est rempli. Je réponds aux questions du speaker puis debrief avec Sébastien. Le temps est maintenant venu de se ravitailler et de rentrer à la maison car demain c’est la kermesse de l’école.

Le bilan est mitigé, car je peux nourrir des regrets. Je pense que j’ai payé mon manque de préparation et surtout la pose du parquet m’a probablement fait mal aux cuisses, mais bon c’est pour la bonne cause.

Je regrette aussi de ne pas avoir su que j’étais 1er entre Sarzeau et Noyalo, j’en aurais profité plus longtemps et j’aurais certainement géré différemment.

Même si le milieu de la course a été un vrai calvaire et que je ne comprends vraiment pas pourquoi j’ai continué, le contrat est largement rempli et j’ai énormément profité du début de course et de la fin de course.

Merci à tous mes supporters, rendez-vous en octobre pour les templiers pour de prochaines aventures.

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