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Le compte rendu de Manu, Diagonale des fous 2012

Publié le 14 Novembre 2012 par Emmanuel Cheval

Après plusieurs semaines de préparation, nous sommes 5 bretons, mais néanmoins amis, du pays de Redon décidés à affronter la diagonale des fous 2012, ses 170 kms et ses 10800 m de dénivelé positif. Voici le résumé de nos péripéties.

Le début de semaine est marqué par la menace du cyclone Anais qui se dirige vers le large des côtes de la Réunion et qui commence a semé le doute dans nos esprits. Les services météo annoncent de fortes pluies et des vents violents, des questions se posent sur le déroulement de la course : maintien telle quelle, report, annulation, modification du parcours etc…Finalement Anais se sera un peu calmée, la course sera maintenue, Anais aura juste été une péripétie et un sujet de conversation de plus. Cependant, nous sommes désormais préparés à affronter de fortes pluies pendant la course.

Mercredi 17 octobre 2012 : Après une petite visite des cascades des trois bassins, un petit rougail saucisse, nous partons au stade de la Redoute récupérer nos paquetages, nos dossards et quelques cadeaux des sponsors du grand raid. Nous y sommes c’est le début de la course. Il y a beaucoup de monde, c’est mal organisé, nous devons faire la queue pour les dossards puis pour les T-shirts puis pour les lots… Nous apprenons aussi que les sacs assistances et les gobelets ne sont pas arrivés, qu’on les aura peut-être à St Philippe pour le départ...Bienvenue à la 1ere édition du grand raid, ah bon c’est la vingtième ?

ça y est nous avons nos dossards et nos T-shirts, nous sommes prêts pour le départ.ça y est nous avons nos dossards et nos T-shirts, nous sommes prêts pour le départ.

ça y est nous avons nos dossards et nos T-shirts, nous sommes prêts pour le départ.

Jeudi 18 octobre : Nous passerons notre journée à nous préparer de manière totalement inefficace. Choix de la tenue, préparation des sacs poubelles d’assistance, atelier dosage des sacs de poudre, vérification du matériel obligatoire, en commençant dès 8h le matin nous avons tous réussi à être à la bourre belle perf…

Nous avalons un dernier plat de pâtes et nous partons 3h avant le départ, c’est en fait beaucoup trop tard. Ça bouchonne énormément sur la route et les filles finissent par nous déposer au bord de la route, nous ne savons pas si nous allons les revoir.

Nous gagnons le site de départ, et dans la file d’attente là aussi ça bouchonne et nous nous apercevons qu’il ne reste plus beaucoup de temps avant le départ et qu’il n’y a pas grand monde dernier nous. Enfin nous passons à la vérification des sacs et du matériel obligatoire, vu l’heure tardive il s’agit d’un check partiel. Nous déposons nos sacs poubelles d’assistance (l’organisation n’a toujours pas reçu ceux qu’ils devaient nous donner), et nous nous demandons comment ils vont faire pour ne pas en perdre…Après un petit pipi de la peur et nous rejoignons la ligne de départ, nous serons placés très très loin... Nous faisons quelques photos, nous nous encourageons, nous arrivons à savoir où nous attendent les supportrices.

Il règne une atmosphère étrange, la pression monte, nous écoutons l’hymne du grand raid, encore quelques encouragements, puis le décompte 10-9-8-7 et c’est parti pour 170 kms.

Nous mettons près de 5 minutes à passer la ligne de départ.

Juste avant le départJuste avant le départ

Juste avant le départ

Il y a une ambiance extraordinaire, une ferveur populaire incroyable. Puis après environ 1 km de course, nous retrouvons notre groupe de supporters pour un dernier petit bisou avant de partir. Tout le monde est soulagé car nous craignions de ne pouvoir se voir avant le départ. Ça y est la course est définitivement partie. Benoît et moi restons ensemble et nous courons à bon rythme sur les routes de St Philippe, malgré l’arrivée de la pluie. Toute la stratégie des tenues tombe à l’eau après 10 minutes de course... Cependant, il y a toujours autant de monde au bord de la route. Les encouragements sont toujours aussi soutenus et nous remontons progressivement le peloton ; cela va durer pendant 5 kilomètres. Les heures d’entrainement sont récompensées par cette magnifique ambiance. Puis nous prenons sur la gauche et la première ascension se présente à nous. La course semble vraiment commencer ici dans les champs de cannes à sucre, c’est le moment que je choisi pour sortir mon appareil photo et faire ma première vidéo souvenir de la course. L’ascension se passe bien et nous remontons quelques places mais au sommet nous sommes stoppés 5 minutes environ car nous sommes au cœur du peloton et cela bouchonne au 1er pointage. Nous pointons à chemin ceinture en 1h05.

Benoit qui passe juste devant moi est 767e et moi 289e, il y a un bug dans le système informatique ???Nous sommes bien plus loin que cela. Mais cela troublera voire inquiètera nos supporters qui suivent la course sur internet.

Toute première ascension

Toute première ascension

Nous poursuivons vers Mare Longue sur des chemins propres et agréables mais toujours sous la pluie. Nous arrivons à Mare Longue le Banc au 1er ravitaillement, nous nous arrêtons, là où beaucoup continuent, l’avenir nous dira que c’était sûrement une meilleure stratégie de poursuivre. Nous nous répartissons les tâches, je vais chercher du coca pour Ben et moi et lui s’occupe de remplir nos bidons.

Il galère un peu dans sa mission et nous repartons. Tout en marchant il termine de remettre en place ses gourdes et s’aperçoit qu’il a laissé son bouchon au ravitaillement. Il y a trop de monde, il fait nuit, il pense qu’il ne le retrouvera pas et continue. Adieu bouchon, moins d’1h45 de course son plan ravitaillement tombe à l’eau, c’est le cas de le dire, il finira avec une gourde au lieu de 2. Le trajet vers Mare Longue Camphriers se passe sans encombre et nous pointons encore avec du retard sur les prévisions. Nous ne perdons pas de temps et entamons l’ascension vers le volcan. Dès les premiers mètres de montée nous sommes arrêtés, il y a beaucoup de monde et les chemins sont trop étroits pour doubler. C’est très frustrant, nous progressons beaucoup trop lentement et nous sommes trop souvent immobilisés. Certains essaient cependant de doubler, ce qui aggrave encore les embouteillages. Malgré le rythme très bas, au fur et à mesure de l’ascension, nous sommes surpris de voir des coureurs exténués, en train de vomir, assis le regard dans le vide ou la tête entre les mains, au bord de l’abandon. La course s’arrête pour certains dès la première ascension, après 25 kms de course…Après 4h de montée, nous arrivons au sommet alors que nous avions prévu 3h. Il est 5h du matin il fait très froid et je tarde un peu à m’équiper et me ravitailler, pour une fois Benoit m’attend. Nous repartons avec le levé du jour satisfaits d’en avoir terminé avec cette première nuit. Nous avons déjà 1h30 de retard sur les prévisions et apprenons que nous sommes 1377 et 1378e. Il va falloir passer la seconde, mais la perspective d’avoir beaucoup monde à doubler nous motive.

La suite de la course se passe très bien, le temps est couvert les paysages sont magnifiques, nous courons régulièrement et nous doublons de nombreux coureurs.

Au pointage suivant, nous apprenons que nous avons gagné 160 places depuis Foc Foc. Nous sommes au sommet du Piton Textor, les bénévoles sont coiffés de perruques et chantent à tue-tête. Nous leur attribuerons la palme d’or de l’ambiance. Merci à eux pour leur bonne humeur. Avant d’entamer la descente je troque mon maillot double peau et mon coupe-vent, au profit d’un T-Shirt. Après 500m de descente, la pluie refait son apparition, encore une stratégie payante, ou pas…

Nous nous dirigeons vers Mare à boue qui porte très bien son nom.

C’est très gras, nous glissons beaucoup mais nous progressons à bon rythme, les derniers kilomètres sur la route se font même à une allure très élevée sous une pluie battante.

Il n’est pas encore 9h du matin, nous avons fait plus de 52 kms et 2800 m de dénivelé + en près de 11h. Nous avons rattrapé un peu de retard dans cette descente et pointons désormais en 897e et 898e position. Tout comme de nombreux concurrents, le gars devant moi abandonnera ici à Mare à boue, les conditions de courses auront eu raison d’un grand nombre de participants. Nous prenons notre temps et prenons un gros ravitaillement : riz, poulet, chocolat, petit beurre, café, soupe, coca, dans le désordre le plus complet mais le petit beurre trempé dans le mauvais café ça ça remonte le moral.

Regonflés à bloc nous entamons la deuxième grosse ascension du parcours, le piton des neiges. Petite vidéo et c’est partie. Comme dans chaque montée notre rythme est soutenu et nous doublons du monde,

Rapidement je distance Benoît qui est resté un peu coincé derrière un petit groupe. Je continue à mon train et j’appelle Benoît pour voir si tout va bien. Il me rassure et je continue de plus belle. Il pleut vraiment beaucoup et le chemin ressemble de plus en plus à un torrent. De nombreux coureurs essaient de passer par les côtés pour ne pas trop se mouiller. Moi je passe tout droit, de toutes façons nous sommes trempés alors foutus pour foutus, le plus court chemin est la ligne droite et je continue à doubler énormément ce qui me motive à continuer. L’ascension est délicate mais j’arrive sans difficulté au sommet ou je ne m’arrête pas, il n’y a pas de place à l’abri, il pleut, il fait froid, je prends une soupe et je la bois en route. Je pointe en 711e position et Ben passera 15 minutes derrière.

J’entame la descente vers Cilaos ou je sais que nous allons revoir nos supporters, cela pousse à avancer. La descente du bloc est compliquée du fait de la pluie. Je ne prends aucun risque d’autant que je sens que les ampoules arrivent et je pense que me Ben va me rattraper. Je m’aperçois qu’il est très difficile de descendre prudemment, il semble plus facile de courir sans réfléchir. Tous les randonneurs que nous croisons, nous encouragent et surtout nous disent qu’il fait très beau à Cilaos, j’ai du mal à les croire vu ce qu’il nous tombe sur la tête. Après 1h30 de descente, je gagne la route : le stade de Cilaos n’est plus très loin et effectivement il fait beau. Je savoure les encouragements et les félicitations et je me prépare à voir Tilio, Karine et les autres supporters. J’arrive au stade de Cilaos à 14h10 en 637e position. Nous sommes au 72e km, tout va bien, heureusement car il reste 100 km et près de 7000 m de dénivelé +. J’aperçois les filles et vais les retrouver. Après quelques échanges, je vais chercher mon sac d’assistance, malheureusement il n’est pas là. Je commence à paniquer car j’ai dedans ma polaire sur laquelle je compte pour passer la nuit. Après de nombreuses recherches, nous le retrouvons, des chiffres s’étaient effacés avec la pluie et il était rangé ailleurs, ouf…Je me change, récupère un nouveau téléphone, car le mien n’a pas supporté la pluie. Puis je décide de me faire soigner les pieds en préventif en attendant Benoit. Finalement je me fais masser puis je lave mes chaussures et mes semelles en attendant qu’une podologue s’occupe de moi. Quand je reviens Ben est arrivé, il a pointé 50 minutes après moi, il a perdu du temps dans la descente en venant en aide à un gars qui est tombé devant lui et s’est cassé le nez. J’ai bien fait d’être prudent…Nous allons manger, puis Ben essaie d’aller chez les podologues mais il y a trop de monde. Il se fait un pansement de fortune qui s’avèrera finalement bien plus efficace que le mien. Au moment de partir il me fait un sketch : il met des trucs dans son sac, les enlève puis les remet et se rend compte qu’il a laissé son cardio dans le vestiaire, il court le chercher revient, remet des trucs dans son sac pour les enlever de nouveau, Manu ne t’énerve pas on va bientôt partir. Mais c’est vrai que l’arrêt à Cilaos a été très long pour moi. En attendant Benoit, je privilégie de profiter de la course au détriment du chronomètre. Cela sera de plus en plus vrai sur le reste du parcours.

Après un dernier au revoir à nos supporters, quelques photos et vidéo nous repartons regonflés à bloc. A la sortie du stade nous prenons un dernier petit ravitaillement et nous entamons la descente vers Bras rouge. Après 5 minutes, nous nous arrêtons encore pour ôter des épaisseurs car nous avons trop chaud. Que de temps perdu bêtement !

Un petit aperçu du paysage et de la météoUn petit aperçu du paysage et de la météo

Un petit aperçu du paysage et de la météo

Mon arrivée sur le stade Cilaos, jusqu'ici tout va bien

Mon arrivée sur le stade Cilaos, jusqu'ici tout va bien

Ben à Cilaos

Ben à Cilaos

Au cours de notre progression, nous recevons régulièrement les pointages de nos amis à l’arrière, Natha et Etienne sont ensemble et Yann pointe environ une heure derrière eux, leur progression semble régulière, pour l’instant tout se passe bien. Chaque texto reçu brise la routine de notre aventure et nous encourage à aller de l’avant.

Dans la descente, on nous donne des conseils pour traverser la rivière sans se mouiller les pieds. J’écoute attentivement car il ne pleut plus, j’ai des chaussettes sèches et un pansement tout beau. Malheureusement je glisse sur la dernière pierre, je serai resté 40 minutes au sec… La suite se passe sans encombre, jusqu’au début du sentier Taibit.

C’est là que se trouve le dernier ravitaillement avant d’entrer dans Mafat. C’est la dernière fois que je mets de la poudre, je ne supporte plus ce gout. Des gens dorment sur des lits de camp au bord de la route, certains sont dans un sale état (les coureurs pas les lits). Je perds un peu de temps à m’équiper pour la nuit et nous attaquons l’ascension. Nous ne nous arrêtons pas prendre la tisane ascenseur mais au bout de quelques temps je m’arrête pour changer les piles de ma frontale, celle-ci éclaire comme un phare de voiture mais avec une autonomie limitée. La montée du Taibit est une formalité et nous entamons la descente vers Marla en compagnie de réunionnais avec lequel nous discutons un peu des premiers qui sont arrivés à la Redoute. Nous sommes extrêmement prudents, trop probablement mais je commence à avoir mal sous les pieds, mon pansement ne semble pas très efficace mais pour le moment ça ne gêne pas ma progression. Finalement nous arrivons à Marla à 20h10 en 606e position. C’est exactement la mi-course.

Nous avions prévu de ne pas trainer et de nous poser au sentier scout au ravitaillement suivant. Mais nous nous sommes laissés attendrir par du carry de poulet et finalement nous nous posons un peu. Un local nous décrit le parcours et notamment l’ascension du Maido, qu’il nous décrit comme régulière, propre, sans caillou, sans rondin…Mytho…Les bénévoles à Marla sont adorables : ils nous servent, nous resservent, remplissent nos poches à eau nous encouragent etc…Nous avons encore bien profité et nous repartons pour la seconde partie de la course : plaine des Tamarins, Col de fourche en direction du sentier scout ou nous projetons de nous reposer un peu. C’est dans ce passage que quelques heures plus tard un concurrent perdra la vie quelques heures plus tard. Nous serons informés de cette triste nouvelle beaucoup plus tard dans la course.

Arrivés au début du sentier scout en 559e position, nous nous apercevons qu’il n’est pas possible de dormir. Benoît est un peu abattu mais il n’y a pas le choix il faut repartir, cette fois ci le ravitaillement sera relativement rapide.

Nous continuons, je suis surpris par un Tang qui fait sa balade nocturne. Les descentes sont de plus en plus compliquées pour moi vu que j’ai mal sous les pieds je compense et je glisse beaucoup mais j’avance. De nombreux concurrents gisent sur le côté en essayant de récupérer, emmitouflés dans leur couverture de survie. Les paysages ont l’air vraiment somptueux dommage qu’il fasse nuit. Nous tombons sur des pieds de bambous gros comme des chênes, ça va faire de grosses flûtes... Le ravitaillement d’Ilet à Bourse est vraiment perdu au milieu de nulle part et il n’y a aucun accès par la route et dire qu’il y a des gens qui y habitent. Nous prenons un petit ravitaillement et une fille de la croix rouge nous propose de nous reposer sur une bâche. On lui demande de nous réveiller 25 minutes plus tard. Elle nous aide à nous installer nous borde et nous réveille à l’heure prévue, merci à elle. Entre le temps de s’installer, d’enfiler toutes les épaisseurs possible et de s’endormir, la nuit durera à peine plus de 15 minutes, mais cela fait du bien. Dormir au cœur de Mafat entre 2 bâches, dans une couverture de survie à 890m d’altitude ce n’est pas banal.

Nous repartons de plus belle vers l’école de Grande Place les bas par une succession de montées et descentes, en passant par un pont suspendu et un grand escalier très abrupte. Nous avons fait déjà 105 kms. Nous ne restons pas trop longtemps et attaquons l’ascension après avoir consulté les textos d’encouragements, ça fait plaisir et ça aide à avancer. Mais il est près de 2h du matin en métropole, certains supporters sont vraiment à fond.

Levé du soleil sur Mafat                     Levé du soleil sur Mafat

Levé du soleil sur Mafat

En nous dirigeant vers la prochaine étape, nous avons le plaisir de voir le soleil se lever sur Mafat. Voici encore une raison de vouloir faire le grand raid de la réunion. J’en profite pour faire des photos et des vidéos. A l’approche de l’école de Roche Plate je rêve d’un pain au raisin. Lorsque nous arrivons au pointage un bénévole demande ce que je désire et je réponds un pain au chocolat…Du coup il me beurre des pains au lait dans lequel il met des carrés de chocolat, avec une tasse de thé un vrai régal, encore une fois merci les bénévoles.

Avant d’attaquer le Maido qui nous a été présenté comme la grosse difficulté du parcours, je fais une photo de ce qui nous attend, effectivement vu du bas ça ressemble à un mur. Finalement, cela se passe très bien malgré le soleil qui commence à bien taper. Nous croisons beaucoup de randonneurs qui nous encouragent et nous félicitent ce qui bien évidemment nous motive. Benoit est un peu derrière je l’aperçois plusieurs lacets plus bas, et au ¾ de la montée j’arrive au niveau d’un groupe de jeunes qui me propose une bière. A leur grande surprise j’accepte, je prends une gorgée cela fait du bien et surtout cela donne un aperçu de ce qui nous attend à la redoute. Les derniers hectomètres se font au son des encouragements des spectateurs que l’on aperçoit longtemps à l’avance. Au sommet, je fais quelques photos et vidéo en attendant Ben (et oui encore mais ce sera la dernière fois) et je commence à descendre doucement vers le ravitaillement qui se trouve une dizaine de minutes plus bas. Je pointe en 398e position, la remontée au classement se poursuit.

Je me renseigne sur les podologues, on m’annonce qu’il n’y en a pas ici, qu’il n’y a que des infirmiers, qu’il vaut mieux attendre le prochain pointage à Sans souci ou il y a tout ce qu’il faut, d’autant que la descente s’annonce belle pendant 12 km. Nous ne devions pas nous éterniser ici, mais lorsque Ben arrive nous nous faisons accoster par une journaliste qui nous interroge. Lorsqu’elle s’aperçoit que nous sommes bretons elle change de matériel, finalement ce ne sera pas pour la télé réunionnaise mais pour France Bleue Armorique. L’entretien se passe bien et lorsque nous repartons, nous espérons avoir notre minute de gloire. 20 minutes plus tard nous recevons un texto, notre amie Bidouille nous félicite pour la qualité de notre interview, qui est passée aux infos de 8h, la classe…Ce n’est pas ça qui va nous mettre en avance.

Malheureusement la suite ne va pas être aussi joyeuse. Dès les premiers mètres de la descente, la douleur sous les pieds devient insupportable et je compense tellement dans les descentes depuis Cilaos que des tendinites apparaissent, une sur chaque releveur. Chaque foulée est un véritable calvaire. Ben qui a connu la même chose il y a 5 ans comprend et me soutien, mais Dieu que cela fait mal. Nous avançons comme des tortues d’autant que les chemins ne sont pas les autoroutes annoncées. A ce rythme-là nous allons mettre 6h pour cette descente. Comme il n’est pas question que mon calvaire dure aussi longtemps, je décide d’essayer de courir, dès que le relief le permet. Comme prévu cela fait encore plus mal, mais le calvaire durera moins longtemps. Cette stratégie s’avère payante car finalement nous avons limité les dégâts, mais au prix d’un effort insupportable, accompagné de gémissements et de cris de douleurs. Nous n’avons pas perdu de place entre les 2 pointages, inespéré. A l’approche de sans-souci nous apercevons au loin, Caro avec son T-shirt rose, Nini et Ti-Bouchon, ça fait plaisir de voir des têtes connues. A leur approche nous nous apercevons que Caro est devenue noire et que Ti Bouchon et Nini sont réunionnaises, apparemment ce ne sont pas elles. Heureusement nous les retrouvons un peu plus loin. Nous sommes très contents de les voir, il s’est passé 23h depuis Cilaos.

C'est ça le Maido, pas si terrible

C'est ça le Maido, pas si terrible

Nous gagnons le ravitaillement. Malheureusement comme je le craignais il n’y a pas de podologue, c’est au point suivant…Heureusement il y a des crêpes et ça ça remonte le moral. Nous profitons de la présence des filles pour nous débarrasser du superflu et Ti Bouchon regarde mes pieds. Les pansements sont rentrés dans les crevasses c’est ce qui explique ma douleur. Nous les enlevons et faisons une réparation de fortune, le prochain point n’est pas trop loin, ça fera l’affaire. Les filles nous laissent pour attendre les gars au sommet du Maido.

Arrivée à Sans Souci, et bien ça porte mal son nomArrivée à Sans Souci, et bien ça porte mal son nomArrivée à Sans Souci, et bien ça porte mal son nom

Arrivée à Sans Souci, et bien ça porte mal son nom

En quittant Sans-Souci on rencontre un breton que Benoit connait, il souffre de la même chose que moi. Ben lui dit que je viens de faire la descente en courant dès que possible pour que la douleur dure moins longtemps, il se met à courir, nous ne le reverrons plus.

Nous arrivons au second point d’assistance après Cilaos, Illet Savanah. Il n’y a personne chez le podologue, je m’y précipite. Il critique ouvertement le travail fait par sa « collègue » de Cilaos et le soin durera un bon moment car il y avait du boulot. Je reconnais que j’ai senti une vraie différence. Je n’ai plus mal sous les pieds mais les tendinites sont toujours là. Je laisse ma place à Ben et je me fais aider pour mettre mes chaussettes et mes chaussures car après 136 km de course, avec des ampoules, des jambes un peu raides, des pieds bandés ce n’est pas chose facile. Puis je vais m’alimenter, comme d’habitude je prends tout et n’importe quoi salé, sucré, thé, soupe, coca, tout mélangé, c’est n’importe quoi. Mais à ma grand joie je vois qu’il y a des Yop c’est un vrai bonheur, un vrai changement de nourriture. Un bénévole m’indique que nous serons à possession dans 4h je préviens les filles qui nous attendent déjà. C’est vraiment très long pour elles, encore merci pour leur soutien. En sortant du stade un bénévole réunionnais a accroché un drapeau breton derrière son T-shirt en notre honneur. Il a beaucoup voyagé et connait la Bretagne. Sympa. Un peu plus loin deux jeunes filles nous demandent de signer des autographes. La gloire est proche. Encore un peu plus loin une réunionnaise assez âgée que j’avais un peu chambrée, fais quelques pas avec nous en nous tenant la main, très drôle. Nous montons à travers des champs de cannes quand nous apprenons que nos amis ont tous passés le Maido. C’est encourageant, le grand Chelem est en marche.

Au ravitaillement de chemin Ratineau, une bénévole chante à Benoit une chanson locale « Ti Fleur Fanée », ce sera l’hymne de la fin de nos vacances. C’est également sur le chemin Ratineau que les trajets du Trail Bourbon et du Grand Raid se rejoignent. Nous sommes donc régulièrement doublés dans les descentes par les premiers de « la course des enfants », qui pour la plupart nous encouragent et nous motivent. Cependant dans l’ascension nous nous surprenons à tenir leur rythme voire d’en doubler. Les descentes par contre sont vraiment pénibles car pleines de cailloux, d’autant que la nuit est maintenant levée, ce sera la troisième sur la course. La dernière partie de la descente me semble interminable, nous voyons les lumières au loin qui ne se rapprochent pas, tous les 500m on nous dit qu’il reste 500 m, c’est vraiment la spécialité locale. Tout d’un coup j’entends une voix connue, c’est Sandrine qui semble encourager Ben qui est un peu devant après le virage, j’appelle pour solliciter des encouragements, deux fois de suite, mais rien : elle n’a pas du entendre. Je prends le virage et rien pas de Sandrine…Je rattrape Ben qui me dit que lui aussi a entendu Sandrine ??? Mystère. Finalement au bout du chemin nous apercevons vraiment Karine Sandrine et les enfants, enfin. Nous prenons les enfants sur nos épaules et regagnons l’école en famille. C’est vraiment chouette, il y a beaucoup de monde et une très grosse ambiance. Nous savons que c’est gagné mais il faut finir le travail, il reste 20 kms. Les filles ont l’air aussi fatiguées que nous. Nous prenons un bon ravitaillement discutons un peu avec les filles et repartons. RDV à la Redoute.

Le chemin des Anglais est un chemin pavé. Ceux-ci sont irréguliers, mais je m’adapte rapidement au chemin dans les montées en mettant le pied sur un pavé sur 2, ce qui me donne un très bon rythme dans les montées. Par contre je n’arrive pas dans les descentes. Une concurrente du Trail est surprise de mon rythme dans la montée. Je lui explique ma technique qu’elle adopte rapidement, en échange elle me donne la sienne pour la descente. Malheureusement mes tendinites me font trop mal et je n’y arrive pas. Le chemin des Anglais est une succession de montées qui se passent très bien et de descentes qui se passent très mal. La dernière n’est plus du tout bien pavée, il y a des cailloux partout, le pourcentage est important, je glisse, j’ai mal… Je refile à Ben la technique de la descente. Il l’adopte et finit très bien la descente. A deux reprises, je m’assoie en espérant secrètement que l’on vienne me chercher, en vain. Alors je repars et finalement je rejoins Ben au pointage de Grande Chaloupe : l’avant dernier pointage.

Sur place, il y a débat entre les bénévoles pour évaluer le temps de trajet restant, nous partons donc pour 3 à 6 h. La montée vers Colorado se passe très bien (comme toutes les montées d’ailleurs), puis Ben ressent un petit coup de mou, il a besoin de sucre pour se remotiver. Alors il s’engloutit 3 barres de céréales et repart de plus belle, c’est drôlement efficace. Dans cette dernière montée nous sommes seuls et nos lampes commencent à donner des signes de fatigue. Ben n’a plus de pile de rechange et je souhaite attendre Colarodo, à dire vrai j’espérais même regagner l’arrivée ainsi. Finalement, cela nous joue des tours, nous loupons le bon balisage, suivons des mauvaises balises (probablement d’une autre course) et amorçons une descente abrupte sur plusieurs centaines de mètres. Rapidement, nous nous apercevons que nous faisons mauvaise route, nous sommes encore lucides. Nous remontons et tombons sur d’autres coureurs. La balise lumineuse que nous avons loupée n’était vraiment pas facile à voir, surtout avec des lampes faiblardes. Soulagement, nous sommes vraiment passés près d’une grosse galère.

Nous passons enfin devant l’observatoire du Colorado, il commence à faire froid. A l’approche du ravitaillement, avec le brouillard les chapiteaux m’apparaissent comme des fantômes, il est temps d’arriver… Il est 1h35, dernier ravitaillement, changement de piles, débat avec les bénévoles sur le temps de parcours et c’est parti. La première partie est propre, mais rapidement les difficultés arrivent, des cailloux, des cailloux et encore des cailloux. Nous ne prenons aucun risque, ce serait trop bête si près du but. Heureusement, nous voyons les lumières du stade en contrebas. Nous sommes doublés régulièrement par des gens du Trail Bourbon, ils nous encouragent, nous motivent et respectent ma difficulté. Sauf un qui n’a pas compris pourquoi il se faisait engueuler pour m’avoir bousculé. Non sans mal nous rejoignons la route, il reste 800 m. Les premiers spectateurs sont là, ça y est nous sommes arrivés. Nous prenons notre temps, nous nous félicitons, nous savourons notre exploit, il faut être fiers, on ne fait pas ça tous les jours. Notre joie est intérieure pas la peine de partager ça fait plus de 50h qu’on partage.

l'arrivée sur le stadel'arrivée sur le stadel'arrivée sur le stade

l'arrivée sur le stade

A l’entrée du stade nos familles nous attendent, c’est le soulagement pour tous, nous sommes vraiment heureux de les voir. Théo et Tilio courent et se jettent dans nos bras, c’est un beau moment. Puis tous ensemble nous gagnons la ligne d’arrivée avec les enfants sur les épaules, sous les applaudissements et les félicitations des courageux spectateurs restés sur le stade à cette heure avancée de la nuit.

170 kilomètres, 10845m de dénivelé positif, 53h38, 485e et 486e c’est fini. Nous récupérons nos médailles et nos t-shirts finishers et nous rejoignons les filles pour échanger nos premières impressions.

Il est 4h du matin, elles rentrent au gite avec les enfants pour un repos bien mérité. Nous restons au stade pour profiter de l’atmosphère et attendre les autres.

Nous enchainons, douche, massage, repas et 2h de sieste sous la tente militaire.

C’est alors que Nini, Ti Bouchon et Caro nous rejoignent et nous apportent le petit dej.

L’arrivée des gars 6h30 après nous, me procure autant, voire plus d’émotion que la nôtre. D’autant que Natha et les filles sont en larmes. Nous nous congratulons et je filme leurs derniers mètres. Ils ont mis 60h30. 4/5 il en reste un.

En attendant Yann, nous refaisons la course et prenons cette Dodo tant attendue. Nous n’avons pas conscience du calvaire qu’il vit.

Arrivée de Natha et Etienne, superbe course les garsArrivée de Natha et Etienne, superbe course les gars

Arrivée de Natha et Etienne, superbe course les gars

Puis, nous recevons un texto comme quoi c’était le dernier à avoir pointé à grande chaloupe…A lui les medias à l’arrivée. Entre temps Karine, Sandrine et les enfants nous ont rejoints pour accueillir le dernier de la troupe. Tout le monde veut assister à son arrivée car avant le départ il nous a confié qu’il demanderait Ti-Bouchon en mariage s’il terminait le grand raid. Bien sûr elle n’est pas au courant.

Enfin, il pointe à Colorado, plus que 2 heures à attendre. Doucement nous nous approchons et nous nous installons à l’entrée du stade et une partie de la troupe est montée jusqu’au pont à la sortie du chemin pour l’accueillir. Là je discute avec un jeune breton qui m’informe que Yann est la star de la radio RER.

Puis nous les apercevons, ils ont laissé Yann profiter de sa descente d’autant qu’il est suivi par les caméras de Canal grand raid. Son arrivée est triomphale bien qu’il ne soit plus le dernier. On crie, on chante, il saute, tout le monde s’embrasse, ça y est le 5e est arrivé. Nous l’avons fait, nous l’avons fait. Il regagne la ligne d’arrivée, main dans la main avec Ti Bouchon, il la demande en mariage, elle pleure, arrive à dire oui, puis il franchit la ligne. On chante vive les mariés. 65h55, notre diagonale est finie, mais nous n’avons pas fini d’en parler.

L'arrivée du 5e compère, Yann et sa future femmeL'arrivée du 5e compère, Yann et sa future femmeL'arrivée du 5e compère, Yann et sa future femme

L'arrivée du 5e compère, Yann et sa future femme

Merci à Karine de m’avoir suivi dans ce projet avec tout ce que cela implique et de m’avoir supporté dans tous les sens du terme.

Merci à Tilio d’avoir supporté tout ça, mais tu pourras craner à la récré d’avoir un papa finisher.

Merci à tous ceux qui nous ont encouragés, avant et pendant la course.

Merci aux bénévoles, sans vous cette course ne serait pas aussi incroyable.

Merci à Ben d’avoir partagé ce moment et d’avoir supporté mes gémissements dans les descentes et de m’avoir soutenu dans les moments difficiles.

Merci à Ben, Etienne, Natha et Yann pour tous ces bons moments partagés pendant la préparation.

Et merci à toi lecteur d’avoir lu jusqu’au bout. Je sais c’était long mais quand on commence à partager une telle aventure on ne s’arrête plus.

Il faut maintenant combler le vide, et se lancer de nouveaux défis : pour moi ce sera sûrement le Marathon de Nantes et le Raid du Golfe.

Les 5 finishers et les supportrices.Les 5 finishers et les supportrices.Les 5 finishers et les supportrices.

Les 5 finishers et les supportrices.

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Aurore 21/02/2013 22:14

Un seul mot : CONGRATULATIONS...

cogrel 23/11/2012 18:25

Nous avons suivi du plus près qu'on a pu votre parcours et cela nous procurait un certain stress. Incroyable.
Chapeau bas Manu car franchement, il faut le faire et réussir à terminer tous les 5 a dû vous combler de bonheur.
On t'attend pour le marathon de Nantes... car cette fois on espère bien être de vrais supporters.
Bisous de Tata Lulu et Tonton Jean-Yves